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dimanche 20 septembre 2015

DOSSIER SCHUON


Le livre The Sacred Pipe est un texte schuonien, illustrant sa doctrine de l’unité transcendante des religions.
Ce livre représente moins les vraies vues de Black Elk que celles passées par le filtre de Schuon et de Brown.

    La sympathie grandissante et le désir de comprendre les indiens d’Amérique est sans doute une bonne chose, mais c’est aussi une épée à double tranchant. Les collectionneurs d’artisanat indien en sont contents mais les marchands aussi. Carlos Castaneda et Lynn Andrews ont fait fortune en écrivant des romans spiritualistes et pseudo anthropologiques sur les religions indiennes et certains metteurs en scène ont fait sur ce thème des films de qualité variable. Schuon pourrait être considéré comme le grand-père des néo-indiens New-Age. En effet, si d’autres formes de récupération sont relativement superficielles, les abus commis par Schuon sont bien plus graves, à cause de la profondeur et de l’authenticité des informations culturelles et anthropologiques qu’il exploita et de l’énormité de son ambition qui les défigura pour les plier à son service. 

    Schuon et ses disciples ont rassemblé une masse impressionnante de coiffures, de tomahawks, de calumets et d’objets divers de l’art indien. Certains des disciples étaient même employés à confectionner des ornements d’épines de porc-épic pour les parures dont Schuon se revêtait lors des Assemblées. Schuon croyait être une autorité en cérémonies et chants sacrés des indiens et certains des plus sacrés de ces chants étaient utilisés durant les séances nudistes des Assemblées Primordiales. J’étais moi-même employé à peindre des tipis que les membres de la secte dressaient près de leurs maisons et aussi des motifs solaires sur des supports de cuir que certains membres accrochaient à leurs murs. 

    En regardant cela rétrospectivement je réalise que nous ne produisions que de l’art indien kitsch, quel qu’en fut la qualité. 

    Un des endroits favoris de Schuon était le Centre Epcott de Disney Land, en Floride, où ses épouses l’emmenèrent. Il y aimait l’exhibition des reproductions de différentes cultures. La notion qu’il avait des indiens était faite du même genre de kitsch. Il jouait à faire l’indien, son rôle dans ce jeu étant d’être le grand chef sexuel parmi ses groupies qui, elles, étaient ses fiancées indiennes sans défense… 

    Quelque fut l’authenticité des objets d’art indien utilisés, le contexte dans lequel ils étaient employés n’avait que peu ou rien à voir avec les Indiens, mais tout avec son ego démesuré. 

    Barbara Perry, sa seconde femme, me raconta que « Schuon est descendu du ciel pour restaurer la religion des indiens », et non seulement cela, mais qu’il avait aussi pour mission de restaurer toutes les religions. Modeste ambition… A une autre occasion, sa première femme, Catherine, me raconta qu’il était plus grand que Black Elk, que Crazy Horse et que tous les saints hommes indiens du passé et qu’une des raisons pour lesquelles il était venu en Amérique était de répandre sa grande radiance sur ces peuples dépossédés.

    Schuon se dépeint lui-même comme le Grand Père Blanc qui achèvera le travail de Black Elk et redonnera aux indiens leur tradition.

    On me précisa plus tard que les indiens étaient devenus décadents et que c’était pourquoi ils ne reconnaissaient pas encore la grandeur de Schuon. En d’autres termes, les indiens étaient devenus trop stupides pour réaliser qu’il était leur grand prophète.

    [...] Quiconque a lu les mémoires de Schuon verra qu’il visita les Sioux et les Crows dans les années 50 et 60, moins pour bénéficier de leurs enseignements que pour leur apprendre la vérité sur eux-mêmes. Cette arrogance présomptueuse consistant à se prévaloir d’un mandat céleste pour redonner leur religion aux indiens alors que les indiens ne lui avaient rien demandé est typique de Schuon.

    Schuon ne traite pas les indiens comme s’ils étaient des bons sauvages mais son attitude est encore plus paternaliste. Il ne se soucie pas de comprendre la réalité telle que les Indiens la voient, mais cherche plutôt à les subvertir et à se les convertir au service exclusif de sa philosophie totalitaire et universelle. Les indiens sont soumis par sa plume, non comme race conquise, mais comme religion conquise, dont l’existence trouve sa justification du fait que Schuon l’a agréée.

    Dans une lettre [qui répond à l'article reproduit ci-dessous en images] écrite par Madame Schuon au Lakota Times, le journal des Sioux Lakotas, elle déclare que Schuon est « le premier philosophe et écrivain de renommée mondiale à avoir élevé la religion des indiens au niveau des autres grandes religions universelles ». Mais une telle formulation prétentieuse et pompeuse masque la réalité des faits : les Indiens des plaines n’ont nul besoin de Schuon pour s’élever ; c’est plutôt Schuon qui à travers eux se (sur)élève lui-même.

    [...] Schuon s’approprie ce qui lui est utile. Il le fit également pour l’Islam en se proclamant illégitimement maître Soufi et successeur du cheikh Al-Alawi sans mandat de celui-ci.

    J’ai déjà raconté comment il utilisa Joseph Epes Brown et Black Elk pour s’exalter lui-même, mais il existe d’autres aspects de ce genre d’abus que je n’ai pas mentionnés : durant sa visite aux tribus indiennes des années 50 et 60, Schuon fut « adopté » par la famille de Red Cloud. Il décrit son adoption et la cérémonie qui l’accompagna dans ses mémoires. Après mon départ de la secte, j’ai voulu en savoir plus long sur ces « adoptions », et j’ai contacté nombre de sioux Lakota ou Brule et aussi Brown - Raymond DeMallie, Peter Nabokov et William Powers - tous étant des spécialistes ayant consacré leurs vies à l’étude de la culture et de la religion des Indiens, et j’ai appris d’eux que les prétentions de Schuon étaient largement « bidon ». 

    Raymond DeMallie me dit que « ces adoptions de blancs par les Sioux des années 50 et 60 étaient de simples ersatz, faits pour honorer un visiteur, et non pas une investiture donnant droit à une quelconque autorité religieuse ou autre ». 

    Sur la base de son adoption par les Lakotas, Schuon s’est arrogé le droit d’adopter lui-même deux de ses femmes dans la tribu. Brown me dit que l’adoption de Schuon ne lui donnait aucun droit d’adopter lui-même. 

    Après que le journal Native American Indian, à présent Indian Country Today, eut publié un article sur l’adoption de Schuon par la famille de Red Cloud, celle-ci contesta que Schuon ait eu quelque relation que ce soit avec elle. Le « Lakota Times » écrivit en Juillet 1992 que : 

    « Lyman Red Cloud, petit-fils de James Red Cloud, dit que sa famille envisageait des poursuites judiciaires contre Mr Schuon, car sa famille avait honte de sa conduite. Il ne veut pas que la famille de Red Cloud soit associée à un groupe qui dépeint la Femme Bison Blanc comme une femme nue coiffée d’une parure de guerre ». 

    [...] Le nom de Red Cloud est bien sûr célèbre dans l’histoire des Indiens et Schuon voulait capter à son profit le prestige qui lui est attaché, comme il le fit avec Black Elk.
_________
 NOTE :   Ce texte de Mark Koslow est traduit de l'américain par un collaborateur anonyme de Dominique Devie, principal auteur du dossier Schuon. On en trouvera de plus larges extraits dans le dossier (fichier 2010__INVENTAIRE_DOCS_FR.pdf pp.25-43). La question des abus pratiqués à l’égard des Indiens d’Amérique, est également mise en lumière dans le Dossier Cyril Glasse, pp. 197-213 ainsi que 252, qui fait aussi partie de cet ensemble de documents, tout comme la reproduction suivante d'un article du Lakota Times.
 
 
 

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Egalement ceci :

http://www.academia.edu/8979853/A_Dance_of_Masks_The_Esoteric_Ethics_of_Frithjof_Schuon

Anonyme a dit…

Et de Marcel Clavelle (Jean Reyor) ceci :

https://bd921629f6a49cc47383734fff5c9ca71acf130c.googledrive.com/host/0ByKzK-4F0VPWalhqbVZKUEZsN0U/DCI.pdf

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