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lundi 5 octobre 2015

FESTIVAL DU CHAMANISME™

    J'attire l'attention sur un lien de mon blog intitulé Plastic Shamans. Il s'agit du forum de NAFPS consacré à la défense des spiritualités natives et au debunking des chamanes en plastique. La langue faisant obstacle, ce forum contient peu d'éléments relatifs aux activités françaises ; mais il permet de suivre certains réseaux francophones et de voir en quoi des personnes faisant commerce d'avoir été adoptées ou initiées par les apache, cherokee, ou autres, ne sont en réalité que de beaux dindons.

    Je recommande la visite de NAFPS avant toute participation à un cercle de sagesse, stage, cérémonie, odyssée ou festival "chamanique". Il révèle l'ampleur des dégâts et l'attitude fondamentalement colonialiste de la mentalité occidentale moderne. C'est un processus très profond et rarement conscient, une sorte de marquage paradigmatique incontournable. Tant que nous pensons que les colons c'est les autres, nous continuons de détruire innocemment ces spiritualités exotiques. Le virus individualiste et universaliste, colonial par nature, nous le portons en nous. C'est cela qu'il nous faudrait d'abord bien comprendre, sans quoi nous n'appréhenderons jamais l'âme indienne et continuerons de détruire son patrimoine par notre mondialisme "spirituel". Le plus simple est de cesser d'alimenter les réseaux "chamaniques" en refusant d'y participer. Ces réseaux ne sont absolument pas nécessaires, sinon aux commerçants qui en vivent.

    Aujourd'hui, je vais simplement montrer comment utiliser ce forum de NAFPS, car mis à part l'information qui va suivre sur Matthieu Ricard, tout ce qui est énoncé est déduit de cette plateforme de NAFPS (New Age Fraude and Plastic Shamans) et de son moteur de recherche.

    Evidemment, une personne dotée d'un minimum de bon sens et ayant beaucoup partagé de son temps avec les indiens peut repérer ces fraudes sans devoir consulter NAFPS. Certains arômes ne sauraient tromper et n'attirent que ceux qui dégagent la même odeur et y consentent. Néanmoins, l'expérience montre que nous présumons souvent de ce bon sens et ne pensons jamais à vérifier ce qui est dit, ni à mesurer les conséquences de nos caprices et troubles identitaires sur les autres, les indiens notamment. Il y a tant de paroles attribuées aux amérindiens qui circulent sur Net et qui ne sont que l'expression de la sagesse convenue de leur auteur New Age. Combien de prophéties fausses n'a-t-on pas mises dans leur bouche ? Simple changement de paradigme ou apocalypse, pensez-vous que les amérindiens aient dit quoi que ce soit sur 2012 ? Vous vous trompez. Nouveau dogme, le délire 2012 est entièrement occidental.

    Etant donné le peu d'informations dont nous disposons sur les spiritualités natives, beaucoup en profitent pour leur faire dire n'importe quoi. C'est la raison pour laquelle ce domaine attire tant de guignols. Il est facile d'y mentir et ils n'y sont pas une minorité, mais la très grande majorité.

    Triste situation, le leurre s'inverse et il arrive que des natifs invitent des "chamanes celtiques", pensant que ceux-ci sont d'authentiques représentants de leur nation et de leur tradition. C'est ainsi que j'ai vu à Tiwanaku, lors de la célébration d'un solstice, une délégation de druides anglais kitchissimes tout droit venus de Stonehenge, qui n'a jamais été un site celtique, ni druidique, faut-il le rappeler et il le faut sans doute ! Nombre de peuples originaires se laissent ainsi abuser et invitent ces néo-druides et ces néo-chamanes celtiques, dépourvus de racines traditionnelles semblables aux leurs. Quelques uns sont dénoncés sur le forum de NAFPS, dans la mesure des connaissances toutefois limitées de ses participants dans ce domaine particulier du celtisme.

    Comme le signale C. J. Guyonvarc'h dans Magie, Médecine et Divination chez les Celtes (Payot, 1997, chapitre 5) il n'a jamais existé de "chamanisme celtique", ce qui me semble d'ailleurs tout à fait évident. Quant au druidisme moderne et donc le néo-druidisme qui est le fait de franc-maçons, il n'est bien sûr qu'une reconstruction "sans filiation traditionnelle remontant aux druides de l'Antiquité" nous dit Wikipedia, ce qui le distingue radicalement des voies rouges, parfois fort anciennes.

    Il y a actuellement en France deux grands festivals de showmanisme. Je ne vais m'intéresser ici qu'à celui du showman New Age Patrick Dacquay, intitulé Festival du Chamanisme, puisque c'est effectivement une marque déposée, pour différencier ce festival de l'autre qui, sans être plus sérieux, semblait lui faire de l'ombre. Ce n'est ni une affaire de gros sous, nous affirme-t-on, ni une question de querelle de pouvoir. Puisqu'on vous le dit...
    
    Prenons la huitième édition de ce festival. Au mois d'août 2014, le site du festival annonçait la venue de gens dont on se demande bien quel rapport ils ont avec le mal nommé "chamanisme" ? Anne Givaudan, auteure de livres New Age, ainsi que Matthieu Ricard. Formidable gage de sérieux quant à ce dernier pourrait-on penser, mais très relativement pour ce qui me concerne, car on a vu tantôt le Dalaï-Lama soutenir Shoko Asahara et Miguel Serrano ; ou encore le XVIème Karmapa célébrer la cérémonie de la coiffe noire au monastère du Mandarom à Castellane. Gilbert Bourdin et ses revolvers en plastique, luttant contre les armées de lémuriens. Alors pourquoi pas l'inénarrable Patrick Dacquay et ses acolytes ? Les inscriptions au Festival du Chamanisme devaient sans doute traîner un peu et ce coup de name dumping a fait venir du monde, en cette fin avril 2015.

    Ce qui est curieux, c'est que la venue de Matthieu Ricard n'était annoncée ni sur son blog, ni sur son site internet. Aucune mention de ce rendez-vous sur les sites bouddhistes. Le moment venu, l'absence remarquée du lama du bonheur appela tout de même quelques explications : " Matthieu Ricard, qui devait nous faire l'honneur de sa présence et s'exprimer sur la place de l'animal à l'occasion du festival n'a pas pu être présent car son avion n'a pas pu décoller du Népal..."

    En effet, la Pachamama étant loin de ressembler à la niaise Mother Earth des nouveaux chamanes, un séisme a eu lieu au Népal le 25 avril, en plein Festival du Chamanisme. On serait mauvaise langue d'y voir un signe de désaccord de la Pachatirra. Quoi qu'il en soit et comme l'indique un article du Parisien, Matthieu Ricard pouvait parfaitement prendre l'avion et n'était pas du tout au Népal lors de ce séisme mais à Paris. Son agenda montre d'ailleurs qu'il continuait de respecter ses engagements et était au Forum International de la CIFA à Monaco le 22 avril 2015, au téléphone avec plusieurs chaines de télévision le 25, à la Galerie YellowKorner de Paris le 27.  

    Je laisse à mon lecteur le soin de conclure. Dans tous les cas, il serait bon de toujours soigneusement vérifier les dires des margoulins spirituels, dont on connaît les centres d'intérêt réels et la sournoiserie.
    De nos jours, un curriculum vitae ça ne sert plus à grand chose car même à Pôle Emploi on vous apprend à mentir subtilement ou à le maquiller. "Non, ne dites pas votre âge, mettez une photo où vous paraissez plus jeune" ou encore, "Essayez de masquer ce trou important dans votre activité en présentant les choses sous une autre forme que l'ordre chronologique". Bref, "Présentez-vous mais soyez un autre".

    C'est idiot, car s'il est perspicace, l'employeur va remarquer que vous ne mettez pas votre âge et donc que vous avez probablement dépassé la cinquantaine. Et si vous ne présentez pas les postes occupés dans l'ordre chronologique mais en blocs de compétences, il en déduira que vous avez été chômeur longue durée. Plus vous masquez, plus vous révélez, mais seulement à ceux qui exercent leur intelligence. D'où l'intérêt de la tricherie. Elle compte sur le fait que vous ne vérifiez rien.

    Par conséquent, lorsque vous étudiez la façon dont un "chamane" écrit sa biographie et se présente, posez-vous les bonnes questions et exigez de la précision. Nous sommes en Occident rappelez-vous. Le mensonge est tellement prégnant qu'il est en quelque sorte normal et institutionnel. N'oubliez pas que le showman - souriant ou solennel - n'est pas en train de s'exposer tel qu'il est,  mais de se vendre.

    Par exemple, "Don Farsante a été formé et initié par de multiples traditions lors de ses nombreux voyages", cela ne veut rien dire du tout et ça noie le poisson. "Il a été adopté, puis initié par les Cherokee", c'est mieux mais ça n'est pas du tout satisfaisant. Quelle famille l'a adopté ? De quel village ? Continue-t-il de participer à la vie de la communauté ? Quelles sont ses connaissances réelles ? A-t-il le droit de transmettre ou de célébrer les cérémonies traditionnelles ?

    Nous avons vu par le passé comment se présentaient certains "chamanes sibériens" de haute tradition. Il y a trois choses absolument rédhibitoires dans le curriculum vitae d'un "chamane". La première bien sûr, quand il parle d'une tradition particulière, c'est l'imprécision et le récit romancé qui ôtent toute possibilité de vérification. Globalement, les hommes de tradition sont parfaitement clairs à ce sujet et leurs initiateurs aussi. Encore faut-il vérifier bien sûr, que la tradition évoquée en soit bien une, et non une création personnelle remontant à l'an passé.

    La seconde, ce sont les titres ronflants du type maître, grande prêtresse, avatar, déesse, envoyé spécial, représentant en Europe, membre du conseil de ceci ou de cela. En général, ces titres, ces conseils, ces assemblées de sages sont bidons. Ce sont des inventions New Age sans racines et l'on y trouve toujours les mêmes personnes s'auto-promotionnant, détachées de tout contact réel avec les traditions parasitées. Nef des fous universalistes à visage ethnique, la grande mode actuelle du New Age, c'est de se déguiser en traditions diverses, plutôt que de se présenter pour ce qu'il est.

    Tout cela peut également s'assortir de titres universitaires. Ainsi, une "grande chamane sibérienne" d'Ashram Shambala se disait autrefois anthropologue, alors qu'elle n'avait qu'une licence de psychologie. C'est fou ce qu'on est prêt à faire pour un peu plus d'autorité. Mais ce que je veux signifier est simple : plus on met en évidence l'autorité, moins il y a autorité de l'évidence, qui seule est naturelle. Du coup, ceux qui en rajoutent tout le temps, cela devrait au moins éveiller les soupçons.

    La troisième chose absolument rédhibitoire, c'est la quantité. Une personne qui a été initiée à une dizaine de traditions n'est initiée à rien. Elle a participé à des cérémonies, pratiqué une sorte de tourisme spirituel, c'est tout. Il faut énormément de temps pour bien connaître et vivre une tradition et c'est cela être initié dans une voie traditionnelle. Imaginez dès lors le temps qu'il faut, non seulement pour être initié, mais pour avoir le droit d'enseigner et de transmettre. Passer 15 jours chez les Maasaï, une semaine chez les pygmées, trois semaines au Mexique, puis revenir et se dire initié, c'est raconter des salades et collectionner des médailles ou des tours de manège, c'est ne pas connaître ce que l'esprit traditionnel veut dire.
    Evidemment, le meilleur exemple de ce genre de biographie est donné comme il se doit par le chef du Cercle de Sagesse. Celui-ci semble attendu partout sur la planète, même chez les pygmées. En quelque sorte le Messie. C'est pourquoi je ne commente pas davantage cette présentation. Indispensable, la note New Age est représentée par la rencontre de Paul Goodberg, "chamane californien", ainsi que l'inévitable évocation du 21 décembre 2012 passé au Mexique, dont nous verrons ce qu'il en est en traitant la question des Néo-Mayas dans un prochain billet. Quant à se dire représentant de la "tradition celtique", voire même "initié au celtisme", c'est de l'auto-proclamation. Ceci ne tient au mieux que d'une sorte de reconstructionnisme, il n'y a pas la moindre trace de tradition dans tout ça.

    L'origine du Festival du Chamanisme de Patrick Dacquay tient à la participation de son créateur à un rassemblement annuel des nations indigènes à Maniwaki. Inspiré par ce qu'il y a vu, il a souhaité faire de même en France et le respectable William Commanda n'aurait pas seulement béni l'initiative, mais "insufflé le projet". Comment le savons-nous ? Parce que Patrick Dacquay, personne de confiance, nous l'a dit. Mais il ne s'agit encore que de name dumping, pratique devenue habituelle chez les "chamanes" appartenant à la caste des commerçants.

    C'est donc du confusionnisme total car de près ou de loin, en aucun cas le rassemblement de Maniwaki n'est un Festival du Chamanisme. C'est en vain qu'on cherchera l'évocation du moindre shamanism sur les sites officiels du CAN. Et pour cause, je me suis déjà expliqué à propos de cette projection coloniale dans la troisième partie de l'article intitulé On a retrouvé Don Juan Matus. Un chamane indien, cela n'existe pas.

    On trouvait aux Etats Unis un autre festival se réclamant de William Commanda, le 8th Fire Gathering. C'était une fraude avérée et les indiens se sont arrangés pour le faire disparaître. La ressemblance avec les festivals français de "chamanisme" était frappante.

    William Commanda a souvent été abusé à la fin de sa vie et rappelons comment certains "chamanes celtiques" ont pu s'incruster ça et là, tout simplement parce que les indiens ignoraient qu'ils avaient affaire à des reconstructions plutôt qu'à d'authentiques traditions et représentants de nations natives.

    De quelle nation native Patrick Dacquay serait-il le représentant et en vertu de quelle autorité ? De quelle manière a-t-on présenté ce projet à William Commanda ? Le lui a-t-on seulement proposé ? Les successeurs de William Commanda sont-ils présents lors du Festival du Chamanisme français ? Y sont-ils invités régulièrement ? Quelle est la nature des contacts entre ces deux manifestations culturelles, au Quebec et en France ? En écrivant au site du CAN de Maniwaki ou sur la plateforme de NAFSP, quelqu'un a-t-il jamais songé à interroger les successeurs et amis de William Commanda ?

    S'ils ne savent pas qui est l'obscur Patrick Dacquay, ils connaissent par contre certains noms - tous membres de l'éminent "conseil de sagesse" - associés à ce festival libellé "chamanisme" qui se réclame d'un patronage de William Commanda. Contentons-nous juste de retranscrire ce que NAFPS écrit à leur sujet :

    Commençons par Mikkal Ph. D., donc le docteur C. Michael Smith. NAFPS a pu facilement le pister puisqu'il est américain. Name dumping, Michael Smith a "bien connu" Mircea Eliade et le claironne. J'ai déjà évoqué Mircea Eliade ici quant à ses compétences en "chamanisme" de bibliothèque. Mais la seule mention de ce nom semble créer comme une aura de sérieux dans les milieux peu informés. Par conséquent, autant répéter souvent le mantra roumain.

    Mikkal prétend aussi être un métis cherokee, information qu'il distille avec bien plus de prudence en anglais qu'en français, on se demande bien pourquoi ? Il assure avoir été "pleinement initié" dans trois domaines "traditionnels" mais aucun d'eux n'est à proprement parler traditionnel. Tout d'abord, il a été formé par une autre soi-disant "métis Cherokee", homéopathe qui vit en Angleterre : Eileen Naumann aka Lindsey MacKenna aka Ai Gvhdi Waya. NAFPS montre l'inconsistance des prétentions natives de cette dame et la situe, tout comme Mikkal, dans la catégorie Fraude à l'identité native. Les deux autres domaines d'"initiation" de ce monsieur demandent moins de travail. Une "initiation" toltèque tout d'abord, tradition disparue depuis un millénaire. Une "initiation" en provenance des Andes ensuite, nommée en quechua de cuisine quechua iachak, ce qui, lorsqu'on fait une recherche sur Google, ne renvoie a rien de concret, sinon à Mikkal lui-même. Un peu comme la lignée Soof-Ta de Patrick Dacquay ne renvoie qu'à Patrick Dacquay, et non à une tradition, incarnée par une nation native. Mikkal est sans doute un thérapeute mais certainement pas un "chamane", et encore moins un "chamane traditionnel".

    Evidemment, comme pour les dominos, il suffit d'en pousser un pour que les autres tombent. Évoquée au passage par NAFPS, la "chamane" de l'eau, Minthé, s'est formée auprès de Mikkal, dont on sait qu'il n'est l'héritier d'aucune espèce de tradition.

    Démontrant son ignorance de la coutume indienne, elle produit une amusante et dérisoire lettre (contresignée par Luc Bourgault !) qui assure qu'elle a été adoptée en 2013 dans la tradition apache certes, mais par la non apache Penny MacKelvey aka Oh Shinnah Fast Wolf. C'est dire comme c'est sérieux. NAFPS consacre tout un topic à Penny MacKelvey, soulignant la fraude de cette wannabe à l'identité native, identité par ailleurs très instable et sans lien avec quelque communauté indienne que ce soit :

    Je commence par lire que la visage pâle se disait cherokee à la fin des années 70. Puis Penny MacKelvey a effectivement prétendu être apache et mohawk, en même temps qu'elle se produisait comme cheyenne à Seattle. Enfin, son nom Fast Wolf, vient d'une famille Lakota, laquelle est scandalisée qu'on ait volé son patronyme, pratique immorale assez courante dans le "chamanisme" occidental New Age tel que professé par Penny MacKelvey et ses filles et fils adoptifs franchisés. Et NAFPS de conclure : " Hippie "flower children" turned nuage yuppies are willing to pay a lot of money to be told they're really NDN. " Bref, c'est la misère. Faut pas jouer l'indien quand y'a pas moyen.

    Restons concentrés sur le CV de Minthé où abondent mélanges des formes traditionnelles et disciplines New Age. Il n'y a rien d'apache là-dedans et surtout pas les manières, qui aiment être discrètes quant à l'adoption et plus encore, l'initiation. Sur son blog, nous constatons l'abondance de marques déposées aux titres ronflants, indicatrices d'un certain talent pour le commerce de cérémonies sacrées. Visiblement, ces gens protègent mieux leur business qu'ils ne respectent l'identité indienne. La publicité de soi leur importe plus que la dignité du lien, que l'on capitalise. C'est à cela que servent l'indianité et la fausse adoption chez ces "chamanes" : vendre.

    Enfin, n'oublions pas Aigle Bleu aka Luc Bourgault, très chahuté dans son pays, on cherchera pourquoi sur Internet. Sans documents à l'appui ni racines familiales patentes et vivantes, un montage complexe et une histoire mal phagocytée ont permis à Aigle Bleu d'obtenir sur le tard une identité indienne. Qu'il exhibe ce document est assez curieux et c'est bien la première fois que je vois un indien se présenter comme ça. C'est plus dans les manières d'un white indian cherchant à se lustrer l'ego, nous venons de le voir. Sans doute veut-il faire taire certaines protestations de ses frères, mais enfin, l'effet produit est pour le moins étrange, dépourvu de noblesse, sans compter tous les problèmes posés par le trafic des Indian ID Cards, très courant chez les wannabes.

    New Age à souhait, Aigle Bleu a accompli l'exploit de fréquenter tout le who's who de l'escroquerie chamanisante - dont le Festival de Patrick Dacquay. Il égraine pour nous son chapelet de médailles en chocolat :

    Cela commence par la dealeuse ethnique Oh Shinnah Fast Wolf qu'on vient de croiser (l'apache, cherokee, cheyenne, lakota... zoulou ? enfin, on ne sait plus). Egalement Sun Bear (Vincent Laduke), qui tout indien qu'il fut, termina sa vie par une condamnation à perpétuité. NAFPS consacre à Sun Bear pas moins de 4 pages de résultats dans son moteur de recherche, tellement il a fait de petits celui-là, avec ses roues de médecine farfelues et son astrologie native franchement hilarante. Mention aussi à Tlakaelel (Francisco Jimenez), un "Toltec Elder" bien trop barbu pour être indien et qui fut donc mexicain, tout simplement. Mais c'est la mode au Mexique, que tout le monde soit indien. Un peu comme si l'on disait que tous les japonais sont samouraï et aborigènes tous les australiens.

    A l'origine de sa vocation, la plus importante initiatrice d'Aigle Bleu est Diane Fisher AKA Dhyani Ywahoo AKA Dhyani Dorje AKA Dhyani Thorner, une juive mexicaine, championne toutes catégories en mélanges syncrétiques et usurpation d'identité native. Elle présente son fils comme un tulku du Dalaï-lama, c'est dire...

    Aigle Bleu étudiera pendant 25 ans auprès de cette fausse cheyenne, fausse bouddhiste... et de sa fausse tribu-sangha-église-nation, absorbant une soupe bien étrange qu'il définit lui-même dans une tirade d'anthologie : " J’ai étudié la spiritualité amérindienne avec une église amérindienne et bouddhiste tibétaine au Vermont pendant plus de vingt-cinq ans. J’ai été ordonné pasteur de cette église après avoir réussi l’examen pratique de créer de la lumière visible avec mon corps pour que tous puissent voir." Effectivement, de toutes les lumières, Aigle Bleu semble la plus brillante ampoule.

    J'arrête ici l'exploration de ce carnage culturel et laisse la conclusion au chef, concernant les charlatans du chamanisme : "Il y a du ménage à faire", consent Patrick Dacquay dans une Interview. Mais songez que les personnes portraiturées ici siègent au conseil, voire au bureau du "conseil de sagesse" du Festival du Chamanisme. Comment donc pourrait-on faire le ménage ? Il faudrait pour cela que Patrick Dacquay vire ses proches collaborateurs, et pourquoi pas lui-même et son festival.

1 commentaire:

Maestro Grover Quispe a dit…

http://www.thepeoplespaths.net/articles/formlife.htm

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